Interview de Isabelle Pandazopoulos, auteure de Trois filles en colère & Demandez-leur la lune

Je suis HYPER contente de vous présenter cette interview inespérée ! Je remercie énormément Isabelle Pandozopoulos, tout d’abord pour avoir accepté cette interview et ensuite pour sa super coopération. L’interview s’est déroulée par appel téléphonique, donc j’ai essayé de retranscrire au mieux. De plus, tout ce qui est entre parenthèse, c’est mon point du vue, après l’interview.

-Au début de trois filles en colère, vous écrivez que cette histoire « provient » de papiers trouvés dans une valise achetée en brocante. Pouvez-vous nous en parler un peu plus ?

-En fait ce n’est pas vrai du tout… C’est à une convention, les romans par lettres, qui sont les romans de littérature épistolaire dont l’apogée du genre est au XVIIIe siècle et les auteurs ont tous ce truc où ils font semblant d’avoir trouvé des lettres ou un manuscrit, donc leur seul travail consiste à le publier. Et je me suis dit, comme je m’inscris dans un genre, je vais faire comme eux. Et puis il y avait aussi une manière de dire que ce que je racontais de l’Histoire – avec un grand H – c’était forcément un truc de famille : j’avais pas de point de vue d’historienne. Et j’adore quand on croit que c’est vrai !

-Trois filles en colère est un livre ayant un aspect historique, vous êtes-vous documentée ? Si oui, comment ?

-Je suis allée beaucoup à la bibliothèque nationale de Paris qui est un endroit génial ! Après, je suis allée à Berlin et j’ai fait tous les musés qui concernent le mur – j’adore faire ça – . Et puis pour la Grèce, j’avais des documents à moi, plus précisément appartenant à mon père. En même temps, je ne voulais pas non plus que le côté historique soit trop devant mais – c’est tout le pari – plutôt qu’on s’attache aux jeunes filles !

-Pourquoi écrivez-vous aussi pour un public adolescent ?

-D’abord parce que j’adore la littérature « ado ». Il y a des textes géniaux qui m’ont fait vibrer ! Donc, quand j’ai découvert ça, je me suis dit : « Ah, génial, c’est ce que je veux faire ! ». Et puis ensuite parce que l’adolescence c’est un âge très romanesque où il se passe plein de chose, c’est aussi un âge de métamorphose et de passage, donc il y a plein d’histoires possibles.

-Comment vous est venu le thème de l’éloquence dans dans Demander-leur la lune ?

-Au début je voulais faire du théâtre, mais en fait ça avait déjà été pas mal fait. Et puis un jour, je suis tombée sur un documentaire qui m’a bouleversé, qui s’appelle À voix haute (j’ai moi-même vu le documentaire et j’ai adoré ! Il est sur Netflix, – c’est d’ailleurs comme ça que je l’ai vu -, pour ceux que ça intéresse), et qui porte sur l’éloquence.

-Avez-vous fait de l’éloquence ?

-Non, je n’en ai jamais fait. Par contre c’était très amusant parce que quand je faisais les sujets – les personnages -, je me posais la question à moi-même, et je me disais : « Qu’est-ce que je dirais, moi ? »

-Avez-vous rencontré des gens (ou lu des livres) pour vous aider à traiter le thème de l’éloquence ?

-Oui, j’ai lu un bouquin de Bertrand Périer, à propos l’éloquence. Et puis, j’ai rencontré une avocate qui a gagné un concours d’éloquence et qui s’appelle Lucile Collot. C’est une femme extraordinaire ! On la voit d’ailleurs sur Internet passer des concours d’éloquence. Donc, elle va dans des classes pour raconter ce qu’est le métier d’avocat et pourquoi l’éloquence est essentiel.

-Avez-vous toujours été écrivaine ? Avez-vous d’autres passions que l’écriture et considérez-vous l’écriture comme une passion ?

-Alors, oui, évidemment, j’ai été prof longtemps avant de pouvoir prendre une disponibilité et passer mon temps à écrire. Parce qu’en fait, j’adorais mon métier, mais je n’avais pas assez de temps pour déployer des projets comme j’avais envie de les déployer. Et, oui, je considère l’écriture comme une passion! Au sens où je suis accrochée à mon bureau tout le temps ! Après, quand je suis dans ma campagne, je vais un peu dans le jardin quand il fait beau pour jardiner ou faire le potager. Mais sinon, c’est vraiment essentiellement l’écriture qui me tient.

-Est-ce que vous avez un reproche à faire au monde de l’écriture ?

-C’est une jolie question ! On ne me l’avait jamais posé, celle-là ! En fait, oui, j’aurais un reproche, c’est que c’est pas facile. C’est à dire que c’est un travail, parfois, extrêmement ingrat et que je cours après mon écriture et j’arrive pas à l’attraper donc c’est un peu une bagarre. Parfois, j’aimerais que ce soit plus facile.

-Cela vous arrive d’avoir le syndrome de la page blanche ?

-Alors, le syndrome, c’est à dire être incapable d’écrire, ça j’ai encore jamais vécu. Il y a des fois où je n’arrive pas à avancer dans mon histoire. Par contre la page blanche vraiment, de ne plus avoir d’inspiration du tout et de ne plus du tout arriver à écrire, je n’ai pas encore eu. J’espère que ça ne m’arrivera pas !

-Combien de temps consacrez vous à l’écriture d’un livre (comme Demandez-leur la lune ou Trois filles en colère) ?

-Il y a deux temps dans l’écriture : le temps de la recherche et le temps de l’écriture. Le temps de la recherche – donc de la construction de l’élaboration… – il n’est pas quantifiable parce que, par exemple, je travaille sur un roman, mais je ne sais pas si, au final, il va apparaître. Je rêve au livre, je fais des recherches, je me dis : « Est-ce que ça peut marcher, pas marcher ? Comment je pourrais commencer? ». Je lis autour de ce thème là. Mais ça, je ne sais pas combien de temps ça prend ! Parfois, je rêve et puis ça ne prend pas ! Et quand ça prend, et quand je décide d’écrire, en général je mets 6 mois. Mais je ne fais que ça, c’est à dire du 8h-18h.

-Connaissez-vous exactement le fil de votre histoire ou vous inventez au fur et à mesure ?

-C’est un peu un mélange des deux. C’est à dire qu’il y a quand même les personnages, ma trame… Par exemple pour Demandez-leur la lune, je savais que ce serai Lilou qui gagnerait. Après c’est comme si je faisais un filet un peu lâche, je savais que Farouk et Samantha tomberait amoureux. Mais comment, quoi et tout, ça je ne savais pas ! Ça arrive au fur et à mesure de l’écriture.

-Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui commence dans l’écriture ?

-D’y aller ! Je ne sais pas quoi dire d’autre ! Moi, j’ai mis très longtemps à m’y mettre et, de mon tempérament personnel, il y a que le travail. C’est à dire que si vraiment, c’est ton désir et que ça te porte et que tu prends un plaisir fou; ça va le faire, même si on te dit non ! Pour moi, c’était ça que je voulais faire ! Même si ça prenait du temps, j’aimais le faire ! C’était plus fort que les non qu’on a pu me renvoyer sur le début de mes textes.

Voilà ! C’est la fin de cette interview ! Je remercie une dernière fois chaleureusement Isabelle Pandazopoulos…ça a été une expérience très enrichissante ! J’espère que cette interview vous aura plu, et on se retrouve demain pour C’est lundi que lisez-vous !

Bonne lecture,

Miss Cupcake 😉

Interview de Christelle Dabos, auteure de la Passe-Miroir

Surprise n°1

Durant les vacances de la Toussaint, je voulais faire un article sur Christelle Dabos et son univers, La Passe-Miroir. Je me suis mise à chercher des infos un peu partout, et je suis tombée sur son site. Et là, je me suis dit « Mais pourquoi pas la contacter pour lui faire une interview ?! ». Je n’y croyais pas vraiment, mais elle a répondu !

Merci encore de m’avoir accordé un peu de votre temps libre :’) !

Donc, je suis hyper heureuse de vous dire j’ai réussi à faire une interview avec Christelle Dabos, l’auteure de La Passe-Miroir, une de mes sagas favorites ! Elle donne plein de conseil pour commencer dans l’écriture mais elle répond aussi à mes questions sur La Passe-Miroir. C’est vraiment très intéressant, donc prenez cinq minutes, et lisez cet article !

Vous pouvez aller voir l’article qui parle d’elle et de son univers, c’est ici !

© Chloé Vollmer-Lo / Gallimard

^-^

-Avez-vous toujours été écrivaine ? Est-ce que vous avez d’autres passions que l’écriture ?

Il y a des auteurs qui, dès l’enfance, ont la conviction qu’ils sont destinés à écrire. Je n’en fais pas partie. Imaginative, oui, je l’ai toujours été. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai un cinéma intérieur où je me plais à mettre en scène des personnages. Mais la mise en mots proprement dite m’est venue tardivement. Et pas même spontanément : c’est une amie qui m’a poussée à écrire quand j’étais à la fac. Je me suis prise au jeu, mais même à ce moment là, je faisais une distinction très claire entre écrire et être publiée. J’ai attendu dix ans avant de me lancer en envoyant mon manuscrit à Gallimard Jeunesse.

Si j’ai d’autres passions ? Non, je ne suis vraiment pas une hyperactive. Je me satisfais de tous petits plaisirs : boire un chocolat chaud, visionner un film, lire un bon roman, me promener dans mon village. Et je me rends compte que moins je m’empresse de faire, plus je me sens être.

-D’où vous vient votre imagination pour écrire un livre ? Avez-vous des endroits, des personnes inspirantes ?

J’ai discuté avec une autrice un jour qui m’a appris qu’elle était absolument incapable de se faire une représentation mentale d’un lieu, d’un personnage, d’une scène. Elle ne visualisait rien. Ce jour là, j’ai réalisé avec un petit choc que ce cinéma intérieur que je me trimballe depuis toute petite, eh bien, tout le monde ne l’avait pas. Mon cinéma ne fait pas beaucoup d’entractes. Dès que je me pose, que je me promène, hop, le projecteur se lance et j’ai des images qui se déclenchent. Des dialogues, aussi, souvent. Ça parle énormément dans ma tête. Ça raconte. Parfois, j’ai même comme une voix off qui est en train de mettre en mots une situation que je suis directement en train de vivre. Bref, tout ça pour dire que je ne sais pas d’où me vient cette imagination : elle est là.  Pas forcément très originale, la plupart du temps, elle me rejoue les mêmes scènes en boucle. Elle se nourrit de tout : de films, de séries, d’animés (elle en raffole), de livres, de jeux, de souvenirs, d’émotions, de mon entourage. Et puis, elle mélange tout. Elle va se mettre à combiner des univers différents, des ambiances paradoxales. Dans le Pôle de la Passe-miroir, par exemple, il y a beaucoup de Côte d’Azur.

-Avant de commencer un livre, notez-vous vos idées ?

Oui ! Ça me fait souvent comme un magma intérieur d’images, de scènes, de personnages et j’ai besoin de tout déverser en vrac quelque part pour y voir clair. Mes notes ne ressemblent vraiment à rien, elles partent dans tous les sens ! Comme j’ai beaucoup de mal à faire des “fiches personnages” (ils ne se racontent jamais à moi sous forme de CV), je vais aussi parfois leur créer un espace de parole parallèle à l’histoire où ils vont se livrer. Mais c’est comme chez le psy : ce qu’ils me disent dans cet espace reste dans cet espace. Il y a aussi les recherches que j’aime beaucoup faire : je m’inspire de contextes historiques, technologiques ou artistiques existants sur lesquels je vais me documenter, même si c’est pour en faire une (très) libre interprétation.

Donc oui, trois fois oui, je note des idées avant, pendant, tout le temps… et je n’en garde pas la moitié à la fin.

-Est ce que vous auriez un reproche à faire au monde de l’écriture ?

Je pense qu’il est surtout important, pour l’auteur qui souhaite être publié, de se poser les bonnes questions et de bien se renseigner avant de signer un contrat éditorial. La sphère littéraire ne relève pas seulement de l’acte artistique, c’est aussi un marché et une économie. Il y a des propositions tout à fait correctes et d’autres auxquelles il faut savoir dire non. Par exemple, sur internet, il y a beaucoup d’éditeurs à compte d’auteur : ils se montrent très intéressés par un texte (souvent sans avoir lu au-delà des premières pages) et offrent leurs services pour le publier… sauf que l’auteur doit payer de sa poche et écouler lui-même les stocks. Une véritable maison d’édition à compte d’édition ne demandera jamais à ses auteurs de débourser quoi que ce soit. C’est à elle de s’engager financièrement et à défendre le texte. Il faut aussi être conscient que le marché du livre est actuellement saturé : il y a une production énorme, une quantité de livres sortent chaque année et, la plupart du temps, n’ont pas le temps de trouver leur public avant de disparaître des étagères des librairies. Et que dire en ce moment avec le contexte tout à fait exceptionnel que nous connaissons avec la crise sanitaire ! Le même phénomène se constate d’ailleurs hors du circuit économique, sur les réseaux sociaux, dans la sphère des auteurs non professionnels : beaucoup souffrent de n’avoir aucune visibilité sur les textes qu’ils mettent en ligne. Personne n’est coupable. Ce n’est ni la faute de l’auteur ni celle de son œuvre ni celle des lecteurs. Pour toutes ces raisons, il est important de ne pas se juger, ne pas culpabiliser, ne pas se comparer et, surtout, ne pas se décourager.

-Quels conseils donneriez-vous pour se lancer dans l’écriture ?

Le plaisir ! Vraiment, c’est le conseil que m’a donné mon compagnon quand on a appris que je serais éditée et il n’a pas cessé de m’habiter depuis. Écrivez l’histoire que vous avez envie de vous raconter à vous-même et qui a envie de se raconter à travers vous. Autorisez-vous à commettre beaucoup d’erreurs et de maladresses, ce n’est pas grave, ça fait partie de l’apprentissage. Lâchez prise, lâchez la bride, laissez les mots s’échapper de vous. Vous avez le droit de commencer cent histoires et de n’en finir aucune. Vous avez le droit d’écrire dans le désordre. Vous avez le droit de boucler un premier roman et de le laisser dans un tiroir. Vous avez le droit aussi de douter, de vous questionner, de retravailler votre texte sans fin, d’effacer des pages entières, car une passion implique souvent une part de souffrance, mais essayez de garder ceci à l’esprit : quitte à en baver, faites-le avec le sourire.

-D’où vient le monde de la Passe-Miroir ? Son origine ?

Le monde m’est tombé dessus au beau milieu d’une promenade dans un petit bois de mon village. Je ne comprends vraiment pas ce qui s’est passé, tout est arrivé très vite. Je me sentais creuse, la tête vide. Et soudain, hop, Ophélie jaillit d’un miroir et avec elle toute une tripotée d’arches, de familles, d’architectures torturées et d’espaces impossibles. C’est comme si toutes les œuvres et symboles qui m’avaient imprégnée depuis l’enfance s’étaient mélangés à mon insu, quelque part en arrière-plan, avant de débouler en big-bang. La Passe-miroir, c’est une tonne d’influences diverses et variées. La Croisée des Mondes de Pullman. Le jeu des quatre petits chevaux. Les films d’animation des studios Ghibli. Les maisons de brique en Belgique. Alice au Pays de merveilles. La liste est infinie !

-« Un peu plus que cela, même. » Cette phrase m’a toujours intriguée, que représente-t-elle ?

Ah, la fameuse manie verbale de Thorn ! C’est vraiment le personnage qui m’a sorti ça un jour, et depuis ça lui est resté collé à la langue. C’est une litote qui semble très anodine, mais qui veut dire beaucoup. Elle incarne tout le côté faussement contenu et rationnel de Thorn. Au début, ça tient presque du trouble obsessionnel compulsif. A la fin, cette phrase perd sa dimension inconsciente : elle est formulée de façon tout à fait assumée et ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’elle conclut l’histoire.

 

-Avez vous des projets d’écriture en cours ?

Bien sûr ! Ça fourmille dans ma tête, dans mes doigts, de nouveaux personnages ont envie de se raconter, mais j’ai besoin d’un temps de parenthèse pour me retrouver seule avec mon texte, sans considération éditoriale. Pour la première fois depuis huit ans, je redécouvre ce que ça fait d’écrire une histoire qui ne suscite aucune attente particulière autour de moi, et c’est très libérateur. Lorsque je me sentirai prête, j’aviserai. En attendant, il me fallait écrire quelque chose qui ne soit pas la Passe-miroir, qui me permette de me renouveler et de me réinventer. Bref, encore une fois, je me fais plaisir !

Voilà, j’espère que cette interview vous aura plus !

Encore un grand merci à Christelle Dabos,

Bonne lecture

Miss Cupcake @-@