Surprise n°1
Durant les vacances de la Toussaint, je voulais faire un article sur Christelle Dabos et son univers, La Passe-Miroir. Je me suis mise à chercher des infos un peu partout, et je suis tombée sur son site. Et là, je me suis dit « Mais pourquoi pas la contacter pour lui faire une interview ?! ». Je n’y croyais pas vraiment, mais elle a répondu !
Merci encore de m’avoir accordé un peu de votre temps libre :’) !
Donc, je suis hyper heureuse de vous dire j’ai réussi à faire une interview avec Christelle Dabos, l’auteure de La Passe-Miroir, une de mes sagas favorites ! Elle donne plein de conseil pour commencer dans l’écriture mais elle répond aussi à mes questions sur La Passe-Miroir. C’est vraiment très intéressant, donc prenez cinq minutes, et lisez cet article !
Vous pouvez aller voir l’article qui parle d’elle et de son univers, c’est ici !

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-Avez-vous toujours été écrivaine ? Est-ce que vous avez d’autres passions que l’écriture ?
Il y a des auteurs qui, dès l’enfance, ont la conviction qu’ils sont destinés à écrire. Je n’en fais pas partie. Imaginative, oui, je l’ai toujours été. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai un cinéma intérieur où je me plais à mettre en scène des personnages. Mais la mise en mots proprement dite m’est venue tardivement. Et pas même spontanément : c’est une amie qui m’a poussée à écrire quand j’étais à la fac. Je me suis prise au jeu, mais même à ce moment là, je faisais une distinction très claire entre écrire et être publiée. J’ai attendu dix ans avant de me lancer en envoyant mon manuscrit à Gallimard Jeunesse.
Si j’ai d’autres passions ? Non, je ne suis vraiment pas une hyperactive. Je me satisfais de tous petits plaisirs : boire un chocolat chaud, visionner un film, lire un bon roman, me promener dans mon village. Et je me rends compte que moins je m’empresse de faire, plus je me sens être.
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-D’où vous vient votre imagination pour écrire un livre ? Avez-vous des endroits, des personnes inspirantes ?
J’ai discuté avec une autrice un jour qui m’a appris qu’elle était absolument incapable de se faire une représentation mentale d’un lieu, d’un personnage, d’une scène. Elle ne visualisait rien. Ce jour là, j’ai réalisé avec un petit choc que ce cinéma intérieur que je me trimballe depuis toute petite, eh bien, tout le monde ne l’avait pas. Mon cinéma ne fait pas beaucoup d’entractes. Dès que je me pose, que je me promène, hop, le projecteur se lance et j’ai des images qui se déclenchent. Des dialogues, aussi, souvent. Ça parle énormément dans ma tête. Ça raconte. Parfois, j’ai même comme une voix off qui est en train de mettre en mots une situation que je suis directement en train de vivre. Bref, tout ça pour dire que je ne sais pas d’où me vient cette imagination : elle est là. Pas forcément très originale, la plupart du temps, elle me rejoue les mêmes scènes en boucle. Elle se nourrit de tout : de films, de séries, d’animés (elle en raffole), de livres, de jeux, de souvenirs, d’émotions, de mon entourage. Et puis, elle mélange tout. Elle va se mettre à combiner des univers différents, des ambiances paradoxales. Dans le Pôle de la Passe-miroir, par exemple, il y a beaucoup de Côte d’Azur.
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-Avant de commencer un livre, notez-vous vos idées ?
Oui ! Ça me fait souvent comme un magma intérieur d’images, de scènes, de personnages et j’ai besoin de tout déverser en vrac quelque part pour y voir clair. Mes notes ne ressemblent vraiment à rien, elles partent dans tous les sens ! Comme j’ai beaucoup de mal à faire des “fiches personnages” (ils ne se racontent jamais à moi sous forme de CV), je vais aussi parfois leur créer un espace de parole parallèle à l’histoire où ils vont se livrer. Mais c’est comme chez le psy : ce qu’ils me disent dans cet espace reste dans cet espace. Il y a aussi les recherches que j’aime beaucoup faire : je m’inspire de contextes historiques, technologiques ou artistiques existants sur lesquels je vais me documenter, même si c’est pour en faire une (très) libre interprétation.
Donc oui, trois fois oui, je note des idées avant, pendant, tout le temps… et je n’en garde pas la moitié à la fin.
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-Est ce que vous auriez un reproche à faire au monde de l’écriture ?
Je pense qu’il est surtout important, pour l’auteur qui souhaite être publié, de se poser les bonnes questions et de bien se renseigner avant de signer un contrat éditorial. La sphère littéraire ne relève pas seulement de l’acte artistique, c’est aussi un marché et une économie. Il y a des propositions tout à fait correctes et d’autres auxquelles il faut savoir dire non. Par exemple, sur internet, il y a beaucoup d’éditeurs à compte d’auteur : ils se montrent très intéressés par un texte (souvent sans avoir lu au-delà des premières pages) et offrent leurs services pour le publier… sauf que l’auteur doit payer de sa poche et écouler lui-même les stocks. Une véritable maison d’édition à compte d’édition ne demandera jamais à ses auteurs de débourser quoi que ce soit. C’est à elle de s’engager financièrement et à défendre le texte. Il faut aussi être conscient que le marché du livre est actuellement saturé : il y a une production énorme, une quantité de livres sortent chaque année et, la plupart du temps, n’ont pas le temps de trouver leur public avant de disparaître des étagères des librairies. Et que dire en ce moment avec le contexte tout à fait exceptionnel que nous connaissons avec la crise sanitaire ! Le même phénomène se constate d’ailleurs hors du circuit économique, sur les réseaux sociaux, dans la sphère des auteurs non professionnels : beaucoup souffrent de n’avoir aucune visibilité sur les textes qu’ils mettent en ligne. Personne n’est coupable. Ce n’est ni la faute de l’auteur ni celle de son œuvre ni celle des lecteurs. Pour toutes ces raisons, il est important de ne pas se juger, ne pas culpabiliser, ne pas se comparer et, surtout, ne pas se décourager.
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-Quels conseils donneriez-vous pour se lancer dans l’écriture ?
Le plaisir ! Vraiment, c’est le conseil que m’a donné mon compagnon quand on a appris que je serais éditée et il n’a pas cessé de m’habiter depuis. Écrivez l’histoire que vous avez envie de vous raconter à vous-même et qui a envie de se raconter à travers vous. Autorisez-vous à commettre beaucoup d’erreurs et de maladresses, ce n’est pas grave, ça fait partie de l’apprentissage. Lâchez prise, lâchez la bride, laissez les mots s’échapper de vous. Vous avez le droit de commencer cent histoires et de n’en finir aucune. Vous avez le droit d’écrire dans le désordre. Vous avez le droit de boucler un premier roman et de le laisser dans un tiroir. Vous avez le droit aussi de douter, de vous questionner, de retravailler votre texte sans fin, d’effacer des pages entières, car une passion implique souvent une part de souffrance, mais essayez de garder ceci à l’esprit : quitte à en baver, faites-le avec le sourire.
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-D’où vient le monde de la Passe-Miroir ? Son origine ?
Le monde m’est tombé dessus au beau milieu d’une promenade dans un petit bois de mon village. Je ne comprends vraiment pas ce qui s’est passé, tout est arrivé très vite. Je me sentais creuse, la tête vide. Et soudain, hop, Ophélie jaillit d’un miroir et avec elle toute une tripotée d’arches, de familles, d’architectures torturées et d’espaces impossibles. C’est comme si toutes les œuvres et symboles qui m’avaient imprégnée depuis l’enfance s’étaient mélangés à mon insu, quelque part en arrière-plan, avant de débouler en big-bang. La Passe-miroir, c’est une tonne d’influences diverses et variées. La Croisée des Mondes de Pullman. Le jeu des quatre petits chevaux. Les films d’animation des studios Ghibli. Les maisons de brique en Belgique. Alice au Pays de merveilles. La liste est infinie !
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-« Un peu plus que cela, même. » Cette phrase m’a toujours intriguée, que représente-t-elle ?
Ah, la fameuse manie verbale de Thorn ! C’est vraiment le personnage qui m’a sorti ça un jour, et depuis ça lui est resté collé à la langue. C’est une litote qui semble très anodine, mais qui veut dire beaucoup. Elle incarne tout le côté faussement contenu et rationnel de Thorn. Au début, ça tient presque du trouble obsessionnel compulsif. A la fin, cette phrase perd sa dimension inconsciente : elle est formulée de façon tout à fait assumée et ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’elle conclut l’histoire.
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-Avez vous des projets d’écriture en cours ?
Bien sûr ! Ça fourmille dans ma tête, dans mes doigts, de nouveaux personnages ont envie de se raconter, mais j’ai besoin d’un temps de parenthèse pour me retrouver seule avec mon texte, sans considération éditoriale. Pour la première fois depuis huit ans, je redécouvre ce que ça fait d’écrire une histoire qui ne suscite aucune attente particulière autour de moi, et c’est très libérateur. Lorsque je me sentirai prête, j’aviserai. En attendant, il me fallait écrire quelque chose qui ne soit pas la Passe-miroir, qui me permette de me renouveler et de me réinventer. Bref, encore une fois, je me fais plaisir !
Voilà, j’espère que cette interview vous aura plus !
Encore un grand merci à Christelle Dabos,
Bonne lecture
Miss Cupcake @-@

